LES NATIONALISMES COUPABLES

Par Joan B.Culla

L’offensive dialectique contre le procès de souveraineté catalan nous fait penser à ce qui se passe avec le porc, dont on dit que tout est profitable.

Un jour, on entend l’expansion grossière d’un démagogue quelconque de taverne, selon qui la Catalogne est dirigée par une bande de voleurs que ne veulent l’indépendance que pour pouvoir se maintenir hors de portée de la Garde Civile.

Un autre jour, on est confronté à un article pédant d’un professeur de sociologie de l’université (Enrique Calvo, par exemple) qui explique la soudaine régression des Catalans vers le « nationalisme ethnique, victimiste et anti-espagnol » par le « modèle de famille linéaire basé sur l’autorité paternelle et la répartition inégale de l’héritage au bénéfice de l’aîné qui exclut l’égalité de la fratrie ».

En gros, que toute l’origine de « l’aventure sécessionniste emprise par Artur Mas » se trouverait dans l’institution de l’hereu (héritier)… Comment ne le savions-nous pas?

Dans un tel contexte où rien n’est laissé au hasard, le début de commémoration du centenaire de la Grande Guerre a permis de mettre sur le tapis une autre ligne argumentale: l’origine du conflit et le suicide de l’Europe qui s’en suivit, furent provoqués par… le nationalisme. Un nationalisme générique, sans noms, mais qui rime toujours avec l’irrationnel, l’usage de la force et la confrontation avec l’autre.

Il ne manquera pas celui qui établira des parallélismes avec la situation catalane d’aujourd’hui.

C’est d’ailleurs bien vrai: la guerre qui éclata au mois d’août de 1914, fut provoquée, en bonne partie, par les nationalismes. Mais lesquels et comment?

Gavrilo Princip et ses complices -les assassins du prince héritier d’Autriche-Hongrie, à Sarajevo le 28 Juin-, ainsi que les instigateurs du magnicide, depuis leurs bureaux de Belgrade, étaient des partisans fanatiques de la grande Serbie. C’est-à-dire qu’ils étaient les prédécesseurs directs -dans les idées, dans les objectifs et dans les méthodes- des Slobodan Milošević, Radovan Karadžić, Ratko Mladić et compagnie.

La bande de criminels qui, huit décennies plus tard, ont ensanglanté les Balkans occidentaux au nom du même nationalisme serbe agressif et dominateur. Aucun nationaliste slovène, croate, macédonien ni kosovar n’a rien eu à voir avec le déclenchement de cette crise.

Qu’un conflit en principe régional, susceptible de déclencher une petite guerre des Balkans entre l’Empire austro-hongrois et le Royaume de Serbie se soit transformé, au long de cinq semaines, en une convulsion continentale qui a traîné vers l’abattoir toutes les puissances européennes, ceci est aussi la faute des nationalismes.

Mais non celle des petits nationalismes de libération qui -de forme pacifique et désarmée dans leur majorité- résistent aux politiques d’assimilation des grands empires.

Ce ne furent ni les nationalistes finlandais, ni les lettons ni les lituaniens, ni les ukrainiens, ni même les polonais qui, entre le 29 Juin et la 2 Août 1914, firent pression ou poussèrent le tsar de Russie à faire côté des Serbes et à mobiliser son armée.

Ce ne furent pas non plus les minorités nationales de la périphérie du Reich allemand qui, au nom d’une sorte d’irrédentisme, incitèrent Berlin à déclarer la guerre à la Russie et à la France.

Et quand Londres, finalement, abandonna le « splendide isolement » et entra en conflit, ce ne fut pas à l’instance des nationalistes irlandais (assez agités en ce moment-là), mais bien en réponse à la violation allemande de la neutralité de la Belgique.

Il est vrai que pendant les cinq ans qui suivirent, beaucoup de ces nationalismes essayèrent de profiter de la guerre et de la rupture des empires pour consolider l’indépendance de leurs nations.

Mais ceux qui facilitèrent le chemin vers la tuerie furent d’autres nationalismes, les nationalismes d’état, les nationalismes hégémoniques, ceux des grandes puissances.

Le nationalisme russe impatient d’effacer l’humiliation de la défaite face aux Japonais en 1905 et persuadé qu’une victoire militaire légitimerait le régime tsariste. Le nationalisme allemand obsédé par l’idée de dépasser la puissance britannique afin d’obtenir, comme disait le chancelier Bülow, « notre place au soleil ». Le nationalisme français qui, depuis presque un demi-siècle, remâchait sa revanche et soupirait pour récupérer l’Alsace et la Lorraine…

Lors de cet été tragique, la seule personne capable de souder et de mobiliser les travailleurs du continent européen contre la guerre, fut Jean Jaurès, le grand Jean Jaurès.

Mais comme c’est bien connu, le leader socialiste fut assassiné le vendredi 31 juillet 1914 alors qu’il soupait avec un groupe d’amis. Son assassin du nom de Raoul Villain n’était pas un séparatiste breton ou un terroriste corse; c’était un nationaliste français, un patriote fervent et fanatique pour qui le pacifisme et l’internationalisme de Jaurès, le convertissaient en un traître.

Ce n’était pas une opinion isolée ou excentrique, car lorsque Villain fut jugé, la sentence fut l’absolution… Curieusement, il fut exécuté par des anarchistes catalans à Eivissa en septembre 1936.

Continuons de commémorer la Grande Guerre mais, s’il vous plaît, à l’écart des manipulations.

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1 Comment

  1. Great info ,good thanks.

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